Le Denier de l'Église de l'Île-de-France

L’ÉGLISE est-elle PAUVRE ou RICHE ?

La majorité des Français (52%) pensent que l’Église est riche. Cette perception puise sans doute sa source dans l’histoire, avec la grande richesse matérielle qu’a pu connaître l’Église par le passé. C’est une opinion pourtant bien éloignée de la réalité actuelle. Non, l’Église n’est pas riche. Explications.

On vous dit tout…

La majorité des Français (52%) pensent que l’Église est riche. Cette perception puise sans doute sa source dans l’histoire, avec la grande richesse matérielle qu’a pu connaître l’Église par le passé. C’est une opinion pourtant bien éloignée de la réalité actuelle. Non, l’Église n’est pas riche. Explications.

Un patrimoine religieux impressionnant

En effet, lorsqu’on pense aux finances de l’Église en France, on se représente souvent les milliers d’édifices religieux somptueux, regorgeant de magnifiques œuvres d’art, d’objets cultuels étincelants et de vêtements liturgiques brodés au fil d’or… On pense aussi au Vatican, qui aurait en sa possession des trésors cachés et en ferait profiter toute la sphère catholique mondiale…

Qu’en est-il réellement ?

S’il est exact que l’Église dispose d’un patrimoine artistique et  immobilier magnifique, celui-ci est au service de la liturgie et de la pastorale et est invendable. L’entretien de ce patrimoine est coûteux, même si l’État est propriétaire des édifices construit avant la loi de séparation des églises et de l’État de 1905.

Saint Paul aux Galates 6-6 : « Que celui qui reçoit l’enseignement de la Parole fasse une part de tous ses biens en faveur de celui qui l’instruit ». Saint Paul toujours, dans la première Lettre aux Corinthiens (1 Co 9,10-14) nous dit : « si nous avons semé pour vous les biens spirituels, serait-il excessif de récolter des biens matériels ? ».

L’Église et le Vatican

75% des Français pensent que le Saint-Siège apporte des soutiens financiers aux paroisses du monde entier. En vérité, c’est plutôt l’inverse : l’Église ne perçoit aucun financement de la part du Vatican mais ce sont les églises locales qui apportent leur contribution aux finances du Saint-Siège, par le biais d’une quête annuelle appelée “le Denier de Saint Pierre”.

Concernant le fameux trésor abrité au Vatican, pas de pièces d’or ou de pierres précieuses dans un coffre, mais un patrimoine culturel inestimable et invendable. On imagine mal le Saint-Père mettre une annonce sur Le Bon Coin “Vend Pietà, superbe sculpture en marbre réalisée par Michel-Ange en 1499 et abritée actuellement dans la Basilique Saint Pierre au Vatican”.

L’État verse-t-il des soutiens financiers à l’Église en France ?

La séparation des Églises et de l’État

Entre la France et l’Église catholique, c’est une longue histoire… La période révolutionnaire de 1789 en constitue une page douloureuse et cruelle. Elle conduit, après moult accrochages au fil des décennies, à une fracture entre l’Église et sa fille aînée, concrétisée par la loi de Séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905, toujours en application aujourd’hui.

“La République ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte”
Article 2 de la loi de séparation des Églises et de l’Etat – 9 décembre 1905

Sur le plan financier, la loi a deux conséquences majeures : les prêtres et les évêques ne sont plus rémunérés par l’État ; et les biens précédemment détenus par l’Église deviennent la propriété de l’État. Ce dernier se réserve tout de même le droit de les confier gratuitement aux représentants de l’Église en vue de l’exercice religieux.

Cependant, les dizaines d’églises et de bâtiments construits après la loi de 1905 sont à la charge des paroisses et des diocèses et entraînent des dépenses très importantes : réfections, entretiens, impôts…

À noter qu’un diocèse ne peut durablement, selon ses statuts, posséder des immeubles qui lui rapportent. Il n’a le droit de posséder que des immeubles nécessaires à ses propres activités.

Alors… D’où vient ce décalage entre les richesses supposées de l’Église catholique et les véritables difficultés financières qu’elle rencontre au quotidien ?

70% des Français estiment que l’Église ne parle pas assez clairement de sa situation financière. En effet, en France, on critique fréquemment une certaine opacité, voire un goût du secret de l’Église.

Pourtant l’Église se trouve confrontée à un paradoxe : si elle ne parle pas assez d’argent, on lui reproche son manque de clarté ; et si, au contraire, elle tient un discours fort sur ses besoins financiers, on lui reproche de trop parler d’argent et de manquer ainsi à l’idéal de pauvreté évangélique. Le Père Paul Valadier, prêtre et écrivain, docteur en théologie et en philosophie, évoque une « question de censure au sens psychanalytique du terme : les gens ne veulent pas mêler religion et argent ».

Pourtant les Évangiles ne manquent pas de références à l’argent

Marc 12,41-44 : »Et s’étant assis devant la salle du trésor, Jésus regardait comment la foule déposait des pièces de bronze dans le trésor, et beaucoup de riches déposaient beaucoup. Une veuve, une mendiante, vint et déposa deux piécettes, ce qui fait un quart d’as. Jésus appela ses disciples et leur dit : “Amen je vous le dis : cette veuve mendiante a déposé plus que tous ceux qui déposent dans le trésor. Car tous ces gens déposent ce qui leur est superflu, tandis que celle-ci a pris de son indigence pour déposer tout ce qu’elle avait, sa vie tout entière« .

Jésus, dans l’Évangile selon Saint Matthieu, nous dit que « l’ouvrier mérite son salaire » (Mt 10, 10). Cette contribution est à la fois conforme au droit canonique et au droit civil. Le canon 222 § 1 dispose, en effet, que « les fidèles sont tenus par obligation de subvenir aux besoins de l’Église afin qu’elle dispose de ce qui est nécessaire au culte divin, aux œuvres  d’apostolat et de charité, à l’honnête subsistance de ses ministres. »

Il est temps de briser quelques tabous : de nombreux diocèses sont confrontés à des difficultés économiques importantes, c’est une réalité.

Malgré la grande générosité des fidèles, de nombreuses paroisses n’équilibrent pas leurs budgets. Rappelons en effet que les diocèses ne disposent que de 5 ressources principales, provenant toutes de la générosité des paroissiens :

  • le Denier de l’Église
  • les quêtes
  • le casuel (offrandes réalisées à l’occasion des mariages, baptêmes, obsèques…)
  • les offrandes de messe
  • les legs (transmission de biens d’un défunt à une personne physique ou morale).

Voir article : C’est quoi le Denier de l’Église ? Cliquez ici

Nous devons réaliser que la dimension spirituelle de la foi n’abroge pas la réalité matérielle de l’Homme. L’Église n’est pas une entité abstraite.

L’Église, c’est nous.